Le Bullshit Marketing d’Etat : Décryptage
Dans le paysage politique contemporain, le “marketing d’Etat” ne se contente plus de promouvoir des politiques publiques : il façonne la réalité perceptionnelle des citoyens. Utilisant les mêmes méthodes, leviers psychologiques et éléments de langage que les directions de communication des grandes entreprises, l’Etat a transformé l’action publique en un produit de marque, et le citoyen en un consommateur captif. Ce décryptage analyse les rouages, les techniques et les conséquences de cette dérive managériale de la démocratie.
La Sémantique Comme Arme :
La Fabrique de la Peur
Quand le conseiller en communication de Lecornu ou de Macron leur suggère des formulations comme “il faut choisir son camp” ou “j’en reviens pas que des Français fassent ça à des Français”, ce sont loin d’être de petites phrases spontanées et sincères. Dans l’inconscient collectif, l’impact de ces petites phrases est de se dire “si on ne soutient pas le pouvoir, alors on est un violent” ou encore “les Français qui n’ont pas de revendication sont menacés par les Français qui en ont”. Et ces deux slogans marketing ont la même finalité : opposer les Français entre eux, les diviser. Procéder à des interpellations en quantité hallucinante juste pour pouvoir communiquer de grands chiffres terrifiants : presque 9 000 interpellations en 10 jours. Le message derrière cette statistique : vous pousser à croire que parmi nos jeunes, 9 000 sont de la racaille, de la vermine, des Black Bloc, des pilleurs. Et ça marche. La vieillesse se met à craindre la jeunesse, et à voter à droite par volonté de casser et détruire ces gamins effrontés. Le Chef d’Etat-Major des Armées, Fabien Mandon, a même averti qu’il faudra “accepter de perdre nos enfants”.
Ce discours, relayé par toutes les chaînes « milliardaires non-stop », devient celui des candidats aux élections présidentielles de 2027, dont l’on pense les profils variés, mais qui sont en vérité tous issus de cette caste de bobos parisiens. Cette élection n’est donc qu’une illusion de choix, où les candidats, à de rares exceptions près, tiennent peu ou prou le même discours. Pourtant, la France a inspiré le reste de l’Europe, où les manifestations contre la vie chère se succèdent. À la télévision, le mot manifestant est aggravé par “violent”, “casseur”, “émeutier”, “pilleur”. De l’autre côté, parle-t-on de répression autoritaire ? De milice armée ? De réponse militaire ? Non, on parle de “maintenir l’ordre et la protection” (en s’interdisant le mot “Police”, comme dans une partie de Taboo). Voilà comment le marketing manipule et endort les esprits : en aggravant les violences du côté de la classe pauvre, et en minimisant de l’autre la violence de la classe riche. Avec un vocabulaire toujours soigné, mais jamais innocent.
La Complicité du Modèle
Médiatique : Quand la
République Imite les GAFAM
Au vu du nombre de médias qui représentent la classe riche, au vu de leurs audiences, et au vu de leur parti-pris sans nuance ni retenue aucune. Au vu aussi de la composition de leur programme, avec des antennes diffusant des images de poubelles brûlées en continu, dont on se demande bien pourquoi elles diffusent en continu tant leur étroitesse éditoriale se résume en moins de 24 secondes, tant les discussions ne sont jamais approfondies, tant les opposants au gouvernement n’ont jamais que quelques secondes d’antenne, soit en petit dans un coin, soit en voix off, avec des images contredisant le discours, avec des bandeaux d’alerte info utilisés comme sous-titres pour les humilier, lorsque leur parole n’est pas directement coupée ou le fil de leur raisonnement perturbé par les autres intervenants. Peut-on encore parler de temps de parole, quand le candidat n’est ni vu ni entendu, y compris lorsqu’il parle dans un micro, en direct à la télé ? Peut-on encore parler de temps de parole, quand le journaliste, au lieu d’arbitrer le débat, devient soudainement juge et partie ? Peut-on encore parler de temps de parole, quand lorsque l’opposition accuse et calomnie, on ne laisse pas le loisir au candidat de se défendre ? Peut-on parler de temps de parole, lorsqu’un intervenant de gauche se voit avec en face de lui 5 intervenants de droite, qu’il doit affronter seul ?
De toute évidence, la France est dirigée comme une entreprise, pas comme un pays. De toute évidence, le gouvernement reproduit des techniques de GAFAM, avec des services publics qui shadowbannent et lèsent le citoyen très ouvertement, sans service client (comprenez service public). Le gouvernement politise les préfets, les juges, et relègue les maires, derniers maillons honnêtes de la chaîne, à des rôles de figurants. Le gouvernement profile et traque ses citoyens via son système d’identité numérique ou de facturation numérique. Le gouvernement discrimine via ses algorithmes Parcoursup ou France Travail. Le gouvernement, lui, a choisi son camp, celui des GAFAM. Et quand on se fait arnaquer tous les quatre matins, au lieu de réfléchir à une stratégie pour nous défendre, la justice déploie une stratégie pour refuser de nous défendre. Chaque agression devient une double agression. D’abord par le secteur privé, ensuite par le secteur public, lorsqu’on cherche à se défendre ou trouver une main tendue contre ce secteur privé. Au lieu d’être une assistance, le service public devient un ennemi. Et cela se vérifie chez House Station Live : sur les 18 derniers mois, 50% des litiges rencontrés sont contre une administration, les 50% restants contre le secteur privé.
Retrouver le Sens du Politique
En tant que citoyen, sans arme, sans rien, on doit affronter les GAFAM et le gouvernement qui vient former un mur pour les protéger. En tant que citoyen, sans arme, sans rien, on pense manifester en paix, on doit affronter des armées de préfets qui décident ou non de l’y autoriser, des policiers qui font usage aléatoirement de violence et d’arrestations uniquement pour justifier des statistiques à la con, on doit affronter le stigmate de la société, d’être montré à la télévision avec un bonnet d’âne, en réalisant la prouesse de nous désigner comme un terroriste sans jamais utiliser directement ce terme, aussi paradoxal que cela puisse paraître.
Il n’y a pas plus courageux que celui qui manifeste en France en 2026. Parce que derrière l’uniforme trompeur de policier se cachent des ordres militaires, parce que ce qui paraît être le droit le plus fondamental du citoyen devient une menace pour la République, dès lors qu’on foule le pavé de la France muni d’une pancarte anti-système. Dans quelle démocratie une et une seule pensée est-elle tolérable ? Dans quelle démocratie une critique du gouvernement devient-elle une menace à éradiquer par la violence physique, et pas seulement par la violence des mots ?
Parce que cette démocratie a le goût et la couleur d’une dictature, nous appelons à la rébellion, pour sauver le monde de ces fous dont le pouvoir est monté à la tête. Ce pouvoir si puissant que même avec 14 % de popularité, il invisibilise le moindre appel de détresse de ses citoyens. Un mourant qui crie SOS est un cafard à écraser. Quand une guerre civile oppose 60 millions de précaires à 30 milliardaires, qui est le plus à plaindre ? Qui a le moins de confort financer ? Qui mérite davantage d’être entendu ? Quand un citoyen crie à l’aide, convient-il de le blâmer de ne pas agoniser en silence ? Ou convient-il plutôt de blâmer celui qui refuse de lui tendre la main ? ■